« PAS DE VAGUES », un film juste sur le monde scolaire aujourd’hui.

Le réalisateur, Teddy Lussi-Modeste et son acteur vedette François Civil présentent leur film à Lyon le 19 mars (Photo JFM )

     C’est un fait étonnant : plus on se rend compte que le métier d’enseignant attire moins, plus il est décrié voir méprisé par une partie de la population et plus le 7° Art s’y intéresse. La vision que le cinéma donne du monde scolaire est parfois réaliste ( « La Vie Scolaire », « Un métier sérieux », par exemple ) parfois caricaturale ou franchement fantasmée ( et je ne pense pas seulement aux calamiteuses séries des « Segpa » ou  autre « Ducobu » !). Teddy Lussi-Modeste, lui, sait de quoi il parle quand il traite d’éducation : il est , nous a-t-il dit, « professeur et réalisateur » et s’il est cette année « en disponibilité de l’Education Nationale »  pour réaliser son film, il compte bien reprendre un poste d’enseignant à la rentrée prochaine . On est loin de ces anciens profs revendiqués pour qui écrire un livre ou faire un film est d’abord le moyen de quitter à tout jamais un métier qui les a déçu ! De fait  » Pas de Vagues », nourri de l’expérience pédagogique du professeur Lussi-Modeste sonne juste . C’est d’abord une question de langage : les élèves du film ( comme leurs professeurs d’ailleurs ) parlent vrai , ni trop argot ni trop français correct, ni trop polis ni trop insolents ! Une classe de 4° d’un collège ordinaire d’aujourd’hui ressemble à ce que nous présente le film, croyez-en un ancien prof !

     François Civil, fils d’enseignant, n’a pas eu de difficultés particulières à passer du rôle de D’Artagnan à celui d’un prof de collège . En revanche , nous a-t-il dit, il a été impressionné par le fait de jouer avec une classe  » il y a une atmosphère très particulière … c’est impressionnant  mais formidable » . Les scènes en classe avaient , pour des raisons pratiques, été concentrées à la fin du tournage : l’acteur et le réalisateur étaient un peu inquiets avant de les réaliser, bien conscients que la crédibilité du récit reposait d’abord sur elles . Finalement tout c’est bien passé. Les adultes ont été impressionnés par le sérieux, la concentration des adolescents pour la plupart débutants dans le métier de comédien. Au total François Civil est très satisfait de l’expérience : « Jamais je n’ai eu un rôle aussi nuancé, aussi complexe …j’étais très habité par le personnage « .

     « Pas de Vagues » ( c’est ce que dit sans cesse le principal du collège ) raconte l’histoire d’un enseignant enthousiaste, accusé à tort de harcèlement. « Tout ce qui est dans le film est vrai, m’est arrivé ou est arrivé à des collègues » dit Teddy Lussi-Modeste et la générique précise « d’après une histoire vraie » . Empathiques nous partageons les réactions du professeurs face à une accusation fondée sur des malentendus : stupéfaction puis indignation  avant que, l’affaire prenant une ampleur inattendue , viennent le doute, les interrogations, la peur . Et , de plus en plus , un sentiment d’isolement , d’abandon face à une menace multiforme . Et Lussi-Modeste , qui parle d’expérience , de déplorer qu »il « manque des protocoles pour protéger les professeurs et les victimes  » . « Mon film est un appel à l’aide » dit-il, et ce n’est pas le moindre de ses mérites !

     Remarquablement bien joué,  construit avec rigueur, sans temps morts, accompagné d’un musique habile qui se développe à partir d’un thème des 4 saisons de Vivaldi qui est la musique de la sonnerie du collège !, le film est captivant de bout en bout, à voir absolument !

 Jean-François Martinon

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