
Zabou Breitman à l’issue du sympathique entretien qu’elle a accordé à la presse lyonnaise au Comoedia le 26 février. (photo JFM )
« Le Garçon » n’est pas un film comme les autres : son processus d’élaboration est très singulier . Au commencement il y an lot de photos de famille acheté chez un brocanteur. Au dos des photos aucune indication ne permet d’identifier les inconnus qu’elles représentent. On voit toutefois que certains personnages figurent sur plusieurs clichés, à des dates différentes. Les auteurs se fixent alors un défi : découvrir la vie d’un des personnages, un garçon que l’on retrouve sur beaucoup d’images et qui a un air singulier, dans les groupes mais avec souvent l’air d’être en marge; Pour découvrir la vie de ce personnage le film utilise simultanément deux méthodes opposées . Florent Vassault, fort de sa technique de documentariste, va se livrer à une minutieuse enquête, presque policière : il analyse finement les clichés, identifie le lieu où certaines photos ont été prises, se rend sur place et interroge les passants à qui il montre patiemment la photos jusqu’à en trouver qui se souviennent du garçon représenté . Bien sûr l’enquête est filmée . D’autre part Zabou Breitman imagine à partir des photos les scènes qu’elles représentent et les fait interpréter à des (excellents) comédiens. Elle leur fait aussi jouer quelques scènes racontées par les personnes interrogées par Vassault. Le film entrelace les fictions de Zabou et les documents de Florent, il arrive même qu’une scène soit présentée deux fois : racontée par un témoin et jouée par les acteurs. L’enquête progresse petit à petit jusqu’à un dénouement qu’il serait – évidement- stupide de dévoiler, même si, en fin de compte, le chemin emprunté pour l’atteindre est sans doute plus passionnant que le résultat !
Une manière de procéder tout à fait singulière, on le voit , au moins au cinéma car une romancière, Isabelle Monnin, avait procédé de la sorte pour son livre « Les gens dans l’enveloppe » en 2015 . Mais faire un film de cette façon pose des problèmes spécifiques, nous a dit Zabou Breitman : comment convaincre un producteur de financer un film dont le scénario n’est pas écrit à l’avance? Comment organiser un plan de tournage pour une oeuvre, véritable « work in Progress », dont on ignore où et quand devront être tournés les différentes séquences ? « J’ai eu l’impression de tourner un premier film » nous a confié Zabou en souriant, alors qu’elle est actrice depuis 1981 et qu’elle réalise depuis 2001 !
« Le Garçon » est un film singulier et sympathique : on prend plaisir à se laisser emporter par cette enquête mi-doc, mi-fiction, à cheminer en suivant les maigres traces que laisse la vie ordinaire des individus ordinaires, à savourer les petites histoires des gens sans histoire !
Jean-François Martinon